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Bilan de l’AMI « Stratégies d’innovation systémique low-tech »

Lancé par l’ADEME Île-de-France en 2020 et 2021, l’appel à manifestation d’intérêt « Stratégies d’innovation systémique low-tech » visait à soutenir des projets de transition écologique fondés sur la sobriété, la résilience territoriale et des approches systémiques de l’innovation.

L’approche low-tech au service de la transition écologique

En 2018, la Direction régionale Île-de-France de l’ADEME a organisé un cycle de conférences dédié à l’approche systémique de la transition écologique. L’objectif était de susciter des réflexions visant à éclairer la prise de décision en matière de politique publique dans un monde fini, complexe et incertain. Lors de sept demi-journées, plusieurs spécialistes de haut niveau ont ainsi livré leurs clés de compréhension des enjeux de la transition écologique par cette approche systémique et ont soumis, à travers des illustrations concrètes, des pistes pour adapter les politiques publiques à cet environnement.

L’une de ces demi-journées a été consacrée à la démarche « low-tech » ou de « discernement technique » comme approche systémique de l’innovation avec notamment l’intervention de l’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix. Spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique et désormais directeur général de l’AREP, il a fortement contribué à populariser en France la démarche « low-tech »1, aux côtés d’autres auteurs techno-critiques2. D’autres médias aux niveaux national3 et international4 ont par ailleurs contribué à élargir la visibilité de la démarche tandis que des structures associatives5 et des filières de formation6 ont amorcé une dynamique de déploiement opérationnel de cette démarche.

C’est dans ce contexte que la Direction régionale Ile-de-France de l’ADEME a poursuivi en 2020 et 2021 son programme d’expérimentation de l’approche systémique de la transition écologique, en lançant cet Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI).

Objectifs de l'AMI low-tech

Promouvant des stratégies résolument systémiques de l’innovation, l’AMI poursuivait plusieurs objectifs dans une perspective de soutenabilité, d’adaptabilité, de transformabilité, de robustesse et de résilience territoriales :

  • Questionner l’organisation socioéconomique et territoriale des activités humaines à l’aune de la bonne proportion et de la juste échelle7 pour la mise en œuvre d’une démarche « low-tech » : modèles organisationnels, modèles d’affaires, synergies interterritoriales, etc.
  • Interroger les besoins en ressources au regard des limites (finitude des ressources, contraintes d’accès, etc.) et seuils de contre-productivité, qu’ils soient technico-économiques (saturation des capacités des systèmes techniques, taux de retour énergétique8 décroissants des ressources énergétiques, endettements, rendements théoriques maximaux9, rendements décroissants des systèmes complexes, etc.) ou humains (résistances au changement de comportement, aliénation, etc.) : démarches de sobriété, écologie de la demande, etc.
  • Étudier, dans toutes leurs dimensions (technologique, fiscale, législative, réglementaire, normative, etc.), les conditions d’émergence ainsi que les freins et les leviers au (re)déploiement de systèmes sociotechniques et économiques plus intensifs en emplois et plus sobres en consommation de ressources. Il pouvait s’agir notamment de caractériser la quantité et la qualité du travail humain, des métiers et des emplois ainsi que les parcours de mobilités professionnelle et résidentielle associées dans les prochaines décennies. En particulier, seront-ils plus ou moins salariés, plus ou moins rémunérés, plus ou moins partagés, plus ou moins réflexifs et scientifiquement éclairés, plus ou moins manuels, plus ou moins physiques ?
  • Contribuer à remettre de la lucidité et à redonner du sens à l’innovation mais aussi à réinventer des métiers et emplois inspirants compatibles avec la réalité physique d’un monde fini par la transformation des récits socioéconomiques et culturels collectifs10 aujourd’hui dominés par le paradigme de l’inflation technologique, de l’accumulation matérielle, de l’extraction des ressources et de la destruction du vivant.

Budget mobilisé et thématiques couvertes

  • Une enveloppe de 500 000 € par an
  • 5 axes thématiques ciblés :
    1. Axe 1 : les systèmes de mobilités des personnes et des marchandises
      Exemples : stratégies de déploiement de systèmes de mobilité plus légers et moins complexes (véhicule léger électrique ou éventuellement thermique de moins de 500 kg, véhicule intermédiaire, système vélo, etc.).
    2. Axe 2 : les systèmes bâtis existants et neufs
      Exemples : stratégies de rénovation et de construction et de mobilité résidentielle et professionnelle visant l’intensification de l’occupation et des usages des surfaces bâties dans un objectif de fin d’artificialisation des sols, etc.
    3. Axe 3 : les systèmes de gestion des ressources dont les systèmes agricoles et alimentaires
      Exemples : stratégies de déploiement de systèmes sociotechniques sobres en ressources, à faible empreinte écologique et moins complexes, etc.
    4. Axe 4 : les systèmes numériques
      Exemples : stratégies de déploiement de systèmes numériques ouverts, souverains, frugaux, interopérables et territorialisés (données, logiciels, plateformes expérimentales, etc.) visant la sobriété sur l’usage et sur la quantité et la durée de vie des terminaux, la conception et l’exploitation des logiciels, des pages internet, etc.
    5. Axe 5 : les systèmes organisationnels
      Exemples : études stratégiques sur les modes, les structures, les tailles, les échelles, les formes juridiques des organisations (entreprises, collectivités, etc.) favorables à la mise en œuvre de démarche « low-tech », sur la caractérisation des métiers et des filières professionnelles « low-tech », sur la définition de parcours de mobilité professionnelle vers des métiers et emplois « verts » et résilients, etc.

Résultats quantitatifs

En 2020 :

  • Nombre de lauréats : 11 lauréats (dont 4 entreprises et 7 associations)
  • Coût total de projet : 1,1 M€
  • Demande d’aide totale : 586,6 k€
  • Aide totale octroyée : 551,6 k€ (soit 49 % du coût total)

En 2021 :

  • Nombre de lauréats : 6 lauréats (dont 2 entreprises, 1 Établissement d’enseignement supérieur et de recherche et 3 associations)
  • Coût total de projet : 549 k€
  • Demande d’aide totale : 352,7 k€
  • Aide totale octroyée : 262,5 k€ (soit 48 % du coût total)

Au total, l’AMI a permis d’inciter un coût total de projet de 1 662 955 € grâce à une aide totale de 814 119 € soit un taux d’aide global de 49 % et un effet levier de 2.

Références

  • 1 L’âge des lowtech. Vers une civilisation techniquement soutenable, Philippe Bihouix, Collection Anthropocène, Éditions du Seuil, 2014 ;
  • 2 Comme Jacques Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, 1954 ; Le système technicien, 1977 ; Le bluff technologique, 1988), Lewis Mumford, Le mythe de la machine, 1970, Ivan Illich, La Convivialité, 1973, François Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, 2014
  • 3 Comme : le Figaro, Marianne
  • 4 http://www.lowtechmagazine.com/
  • 5 Comme le Low-tech Lab : http://lowtechlab.org/
  • 6 http://lowtechskol.org/
  • 7 Une question de taille, Olivier Rey, Stock, 2014
  • 8 Le taux de retour énergétique ou EROEI pour Energy Return On Energy Invested, est le ratio d'énergie utilisable acquise à partir d'une source donnée d'énergie rapportée à la quantité d'énergie dépensée pour obtenir cette énergie. Quand l'EROEI d'une ressource est inférieur ou égal à 1, cette source d'énergie devient un « puits d'énergie », et ne peut plus être considérée comme une source d'énergie primaire.
  • 9 Par exemple : le rendement de Carnot en thermodynamique, la limite de Betz atteinte par les dernières technologies d’éolienne ou encore les facteurs de charge des filières de production d’énergie qui peuvent varier de 9 % (photovoltaïque) à 80 % (centrales thermiques à énergie fossile).
  • 10 « Les êtres humains pensent en récits, plutôt qu’en faits, en chiffres ou en équations. », écrit l’historien Yuval Noah Harari dans Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015

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