Actualité · Publié le 30 septembre 2025
Philippe Bihouix : « La démarche low-tech propose la sobriété à la source »
Directeur général de l’AREP, Philippe Bihouix partage sa vision de la démarche low-tech et de ses applications à l’échelle urbaine. Dans cet entretien, il revient sur les enjeux de sobriété, de résilience et de discernement technologique dans la transition écologique.
Pourquoi l’AREP a-t-elle proposé le projet Urbalotek avec l’Institut Paris Région à l’ADEME ? En quoi consiste-t-il ?
Quand l’ADEME a lancé cet AMI en 2020, je rejoignais l’AREP (Architecture Recherche Engagement Post-carbone) et l’Institut Paris Région venait de produire une note sur les low-tech. Nous nous sommes vite trouvés sur l’envie d’y réfléchir à une échelle urbaine : comment les concepts actuels et foisonnants (ville sobre, résiliente, frugale, durable, circulaire…) prennent en compte les questions technologiques ? Nous voulions aussi donner aux praticiens de la ville et aux décideurs des outils et des inspirations sur les différentes pistes. Ces travaux ont donné lieu à une étude et un carnet d’inspirations.
Quelle est votre définition du low-tech ?
La notion de low-tech s’est développée dans la décennie 2010 avec une définition à géométrie variable. On peut certes trouver des critères low-tech (durabilité, simplicité…) mais même les objets simples nécessitent pour leur fabrication tout un système industriel très « high-tech » : usines automatisées aux équipements de pointe, par exemple. Je préfère parler de démarche low-tech, alliant sobriété à la source, conception la plus simple et écologique possible et discernement dans l’usage des technologies employées.
Quelles sont les caractéristiques de la ville low-tech ?
Nous avons choisi de parler d’un « urbanisme de discernement », une démarche systémique, critique et éthique, reposant sur quatre principes :
- L’éloge du suffisant (en questionnant les besoins, par exemple celui de construire alors qu’un patrimoine existant, transformable et adaptable, est disponible) ;
- La gestion soutenable des ressources (comment adoucir le « métabolisme urbain » en prenant en compte la dimension matérielle, extraction de matières, boucles de réparation et de recyclage… et pas seulement l’objectif de neutralité carbone) ;
- La convivialité (appropriation, accessibilité des outils et des savoirs).
Ce dernier axe pose la question de l’autonomie, de la coopération, de la résilience, et de la recherche d’une juste échelle dans les organisations et les solutions.
Quel est selon vous le rôle de l’ADEME en Île-de-France sur cette question ?
Plus que jamais, il faut ouvrir des perspectives. Le rôle de l'ADEME Île-de-France est de soutenir des initiatives riches en emploi local, porteuses de lien social, de collaboration, de vivre-ensemble et d’apaisement. On peut mener des expérimentations mais il existe déjà beaucoup d’initiatives un peu partout.
-
« La démarche low-tech propose la sobriété à la source et le discernement dans l’usage des technologies »